Projet Tandjung Pinang avec les jeunes du foyer (STP)

Publié le par Equipe diocèsaine JMJ 2008 Créteil

Description du projet.

 



Chrétiens des îles et du vent…

Une réalité de l’Eglise Indonésienne,

Le fond de l’embarcation claque violemment sur cette eau verte et chaude. Le ciel est gris et menace l’horizon d’un océan indien déchaîné. Nous sommes au cœur de la tempête. Celle qui nous a surpris, moi et mes 13 autres compagnons.

Les quelques îles auxquelles nous nous étions accoutumé ces derniers jours ont disparu et ont fini de nous rassurer. Plus de plages accueillantes ni les sourires éclatants de nos hôtes. Plus de villages de planches noires et humides suspendus comme les palétuviers qui les entourent, sur de frêles pilotis.

Nous sommes là, seuls, comme une noix de coco ballotée, touts petits.

Ici, il n’y a pas de réseau téléphonique et notre bateau ne possède ni radio, ni gilets et encore moins de canot de sauvetage.

Mon cœur d’occidental se serre. Il n’y a pas de plan B. Les règles de sécurité basiques auxquelles nous sommes habitués n’ont pas cours ici. Notre bateau est une épave peinte qui flotte. C’est un squelette aux fenêtres sans verre, aux entrailles apparentes mais qui cependant nous rassure sur le fait que le moteur tourne encore…Ce dernier est visible en effet et sirote son breuvage à l’aide de tuyaux de caoutchouc directement plongés dans de gros bidons à l’arrière.

 

C’est cette arche branlante, rescapée du déluge qui relit entre elles les quarante communautés catholiques dont le Père Alex a la charge. Cet indonésien de moins de quarante ans, la casquette vissée sur une tête qu’éclaire un sourire surligné d’une petite moustache noire, passe sa vie d’île en île à la rencontre de paroisses pas comme les autres. Chacune de ses communauté a son église, parfois un simple abri ouvert à tous les vents. Des souches de palétuviers supportent un cierge pascal, servent d’ambon ou de refuge pour le tabernacle. La communauté se rassemble à l’appel de la bombonne de gaz périmée qui sert de cloche. Saverius et Yosh les deux jeunes séminaristes qui accompagnent le père Alex sont maintenant vêtus d’aubes blanches à la coupe asiatique et au col mao. Ils entonnent les chants de la célébration. C’est la fête alors. La messe peut commencer. Les gens reprennent les hymnes de la liturgie de toute leur gorge avec une force et une ferveur qui vous font hérisser le poil. Les enfants surtout. Sages et tirés à quatre épingles, ils se montrent attentifs à chaque mot et action de Bapa Alex. Dans l’assemblée, rapidement un œil attentif repérera le laïc qui a la charge de la communauté en l’absence du pasteur itinérant. Il s’agit de celui qui mène la prière et le chant, organise le chapelet dans telle ou telle famille, le soir, avant le thé sucré.

La peur me prend. Que va-t-il advenir ? Nous ne sommes attendus à Singapour que dans quatre jours ! Personne ne s’inquiètera avant. Nous sommes perdus…

Je pense à ceux que j’aime et qui sont loin. Ceux que je ne reverrai peut-être plus. Les chants des pêcheurs de Cempa ou Tandjung Betin louant Dieu retentissent de nouveau à mon oreille, couvrant même le vacarme assourdissant du moteur. Mon seul secours est le Seigneur. Je n’ai plus que lui à qui m’accrocher. C’est à lui que je m’abandonne vraiment…pour la première fois de ma vie.

Deux semaines et demie que nous avons quitté la France et que nous vivons des choses très fortes. Il y a ce voyage de plus de 24 heures, ces terres australes, ces animaux et ces plantes extraordinaire. Il y a  ces drapeaux et ces sourires, ces chants est ces prières. Il y a ces nations rassemblées prémisses prophétiques de la Jérusalem céleste. Il y a ce pape qui nous rencontre, ces évêques, ces messages qui nous rappellent à l’unité. Il y a cet Esprit que j’ai reçu dans les larmes intérieures et qui m’a lavé du dedans durant cette catéchèse décoiffante menée par Mgr Durand, évêque de Cayenne… Tous ces moments qui m’ont amené jusqu’ici où je sens ma vie en danger, dans la barque à côté du Christ endormi.

Je suis las de cette tempête qui ne s’apaise pas. Et je crie intérieurement, plus qu’un Psaume, vers l’Eternel, je supplie sans confiance, dans le doute, le désespoir et la peur.

Désespoir, pas tout à fait car je crie vers Lui. Je veux savoir qu’Il est là.

Là comme dans les yeux de ces enfants que nous avons rencontrés dans cet archipel de Riau, puzzle de plus de 15000 îles. En uniforme blanc et lie de vin, même sur la plus pauvre et la plus petite île, les enfants vont à l’école. La journée commence en priant à 6h30 et se poursuit par une matinée d’étude. L’après midi est libre et consacrée aux jeux, au ménage, à l’aide des parents dans les tâches quotidiennes.

Je me souviens de ces merveilleux instants passés à jouer avec eux. Plus de deux heures de sourire et de solidarité, d’esprit d’équipe naturel. Pas de querelle fille-garçons ou bien grands-petits habituelles par chez nous. Ici, tout se passe dans le respect et l’émerveillement des choses simples. Pas de console ni d’internet, la cour de récréation est la place du village au sol de sable et au toit de cocotiers.

 

Cap’tain, le conducteur du bateau ne veut plus qu’on lui parle. Ces yeux fixent le chemin salvateur sur lequel il veut nous mener. Voilà, presque que deux heures que nous sommes secoués. Nos guides lancent régulièrement des sourires rassurants à ces dix jeunes français bien calmes. Nous savons que la traversée dure entre 5 et 7 heures. Nous ne savons même pas où nous sommes. Nous sommes vulnérables, loin de tout. L’une est prostrée en position fœtale, d’autres dans la cale sur les bagages. Tous nous prions sans mot dire. Père Alex reste maître de lui. Ce qui nous impressionne est son quotidien.

 

Le clapot se fait moins fort, des îles sont maintenant visibles. Cap’tain accepte que Safe, assis à côté de lui nous parle de nouveau. Il a dévié l’itinéraire prévu pour se protéger entre les îles. Nous ne retenons pas nos applaudissements.

Nous nous écartons de la tempête. Bientôt nous aborderons sur une autre île. Là des familles, encore, seront sur le grand ponton chancelant à nous attendre. Elles nous souriront et nous inviteront à dîner dans une de leur maison de bois au sol couvert de toile cirée. Déjà nous sentons le fruit de leur pêche frit dans l’huile de palme et que nous accompagnerons de riz et de légumes plus ou moins épicés. Il y aura des coquillages peut-être, des crabes et des beignets de crevettes sans doute. Au moment de dire le bénédicité, nous remercierons le ciel d’être en vie en faisant le signe de croix « Dalam Nama Bapa dan Putra dan Roh Kudus».

 

A la nuit, après s’être douché au baquet et s’être glissé sous la moustiquaire, nous nous laisserons bercé par le clapot des vagues sur les pilotis.

Au début de ces JMJ, en carrefour on me demandait ce que j’attendais de ce pèlerinage. J’avais répondu sans savoir : « Je veux vivre l’abandon et me laisser porter » ...J’ai été exaucé.

Yann Sujet, 7 septembre 2008



Notre projet itinérant a été très riche de rencontres, de découvertes de soi, d’un autre peuple, d’une autre culture dans sa façon de vivre.

Ce projet nous a permis de voir que l’Esprit Saint n’était pas seulement avec nous, mais qu’il nous avait devancé. Nous sommes allés à la rencontre d’un peuple de croyant, vivant leurs valeurs et nous en étions témoins. Leur accueil, leur partage, leur simplicité, leur foi, leur délicatesse nous le montraient.

Ce projet nous a permis de nous rapprocher de Dieu et de lui parler de façon plus intense.

 

         Chacune de nos journées étaient remplies de découvertes même si les îles pouvaient se ressembler. Au départ, nous avions tous comme objectif, d’aller à la rencontre de l’autre, mais en fait, ce sont les indonésiens qui venaient nous parler, les jeunes qui nous invitaient à jouer avec eux (foot, volley, baignade…) et  même à prier le soir avec eux le chapelet. Ils nous faisaient entrer dans leur vie et nous faisions des activités avec eux.

 

Nous avons sur une île, aider au débroussaillage devant une église et le ménage à l’intérieur de l’église.

Sur une autre île, nous avons participé à la montée de sac de sable sur une montagne pour la construction d’une nouvelle église. Ces activités étaient d’une durée de 3-4 heures à chaque fois et elles se faisaient toujours avec le Père Alex, les jeunes séminaristes et les jeunes indonésiens.

 

Ce projet nous amenait aussi à passer beaucoup de temps sur le paquebot qu’utiliser le P. Alex pour sa mission. Sur le bateau, nous trouvions des moments pour se reposer, pour admirer le paysage, pour saluer les pécheurs que nous croisions, pour partager une boisson et des petits  gâteaux et pour prier surtout le jour de la tempête.

 

Pour moi et je crois aussi pour les jeunes, ce projet nous à permis de faire une expérience d’abandon à Dieu et aux autres. Car chaque jour, il nous fallait accueillir la journée et la recevoir sans l’avoir anticiper ni préparer son contenu. Ce projet nous invitait à tout recevoir des indonésiens et à faire face à tous les imprévus.

22 septembre 2008

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